Depuis sa maison sur les hauteurs de Hayange, entouré de l'amour des siens, Michel Heinen va imaginer le meilleur des traitements. L'ouverture sur autrui. Internet sera sa drogue. Sans posologie ni modération. « J'avais commencé l'informatique en 1986, à l'époque du “basic”, mais j'avais lâché... trop de boulot. Désormais cloîtré chez lui, il retourne devant son écran. Pour un grand voyage, virtuel et salvateur. “On a accès au monde entier, pas de frontière ! La vie coule dans ses veines. La maladie n'a qu'à bien se tenir. Car Michel a soif de savoir. Tout y passe, l'histoire, la géographie, le dessin... ‘C'est fou de se connecter, je pianote à gauche, à droite... J'ai aussi lu beaucoup d'ouvrages spécialisés et acheté des CD rom’.
Petit à petit, il pousse ses recherches, se met en contact avec d'autres personnes atteintes de sclérose en plaques. Toutes font le même constat : les informations manquent cruellement. Épaulé techniquement par sa fille, le néophyte de 58 ans ne tarde pas à créer un site. Les forums se multiplient : ils sont nombreux à vouloir témoigner, nombreux à espérer des renseignements sur leur état. Michel collecte et écume les publications médicales avant de mettre ses réponses en ligne.
En bas de la page, il y a un compteur pour voir le nombre de visiteurs, ça n'arrête pas de grimper !, répète le Hayangeois. Je savais que beaucoup de gens faisaient des sites, mais je me demandais si j'en étais capable... Eh bien j'y suis arrivé !
Michel s'en sort en aidant les autres. La thérapie du roc. Sur son Internet, rien n'est laissé au hasard, pas plus l'apparition et les manifestations de la sclérose en plaques, que les médicaments ou les vaccinations. Une leçon de vie puisque le site s'ouvre sur ces mots : "Quand on a la santé, ce n'est pas grave d'être malade". Michel a la santé. Il marche normalement, fait bonne figure.
Parfois le ton de sa voix tressaille, ses yeux se font plus durs. "La souffrance est un privilège qui n'est pas donné à tout le monde." La formule glace. Il le sait. Les gens doivent comprendre ce qu'il endure. Sûr de l'impact du message, le Hayangeois passe à autre chose. Comme si de rien n'était, il se saisit de sa souris et clique allégrement sur d'autres sites de son cru. Le voilà tout sourire à détailler les mélodies de fond. Morricone, slows, variétés... La musique éloigne les ombres. Il était dit que l'homme de fer ne craquerait pas. Que sa nature reprendrait le dessus. Internet fut sa planche de salut.
Charline Poullain.
Paru le : 09/12/03 Le Républicain Lorrain Éditions (Hayange /Actualité)